Cercle de Samsara
Il n'y a qu'un Dieu, mais Ses noms sont innombrables, et innombrables aussi les aspects sous lesquels Il peut être considéré.
Nommez - Le de n'importe quel nom et adorez - Le sous l'aspect qui vous plaira le mieux, vous êtes certain d'arriver à Lui.



 
PortailAccueilCalendrierFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Le départ du Père Antoine vers l'Unité

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
silence
Admin
avatar

Nombre de messages : 2219
Bonus : 4193
Date d'inscription : 18/03/2007

MessageSujet: Le départ du Père Antoine vers l'Unité   Dim 14 Mar - 11:49


On le plaça dans le temple, assis, vêtu de la robe, sur un lit enveloppé de drap vert. Tout autour, de manière à le séparer de la foule, furent disposés des lauriers qui, s'étageant aussi derrière le lit, encadraient l'Arbre de la Science de la Vue du Mal. Entre les mains du Père on avait mis le Livre de sa Révélation.
Au milieu des cheveux argentés, le visage reposait, plus doux encore que pendant la vie.

Un peuple venu de partout remplissait le Temple. Une double rangée d'adeptes se tenaient debout aux deux côtés du catafalque.
A dix heures, Mère vint faire l'opération au nom du Père.

Le frère Deregnaucourt occupait la petite tribune. Trois adeptes virent, au moment du plus profond recueillement, « le Père se fondre avec Mère et ne faire plus qu'un ». A la fin de l'opération, les dernières paroles du Père furent lues aux fidèles assemblés.
Pendant la semaine, cent mille personne défilèrent silencieusement dans le Temple.

Le peuple criait qu'Antoine ressusciterait au bout de trois jours, qu'il l'avait annoncé. Il ne se résignait pas à perdre son guérisseur... Mais les adeptes, dont la foi était plus avertie, savaient qu'il ne fallait pas prendre au sens terrestre ce que le Maitre avait dit du néant de la mort. Ils avaient appris de lui qu'il n'y a pas de mort, que tout est vie, et que cette existence-ci n'est qu'un humble moment, un humble aspect de la gloire de Dieu. Mais ils connaissaient aussi qu'avec leurs yeux de chair ils ne reverraient plus le Père Antoine sur cette terre. C'est pourquoi ils se rassasiaient avec une grave avidité de cette image déjà éloignée d'eux par les stigmates de la mort, image qui n'était plus rien, ils le savaient, mais qui demeurait tout de même la seule trace visible de ce que le Père avait été pour eux pendant cette incarnation où ils avaient eu le bonheur de le rencontrer.

« Qu'y aura-t-il de changé? a avait-il dit. « Je pourrai réconforter de l'au-delà tous ceux qui ont foi en moi. s Leur espoir résidait dans cette protection venue de l'au-delà. Ils la sentaient autour d'eux. Et ils avaient encore pour les soutenir la présence de la Mère, et la solidarité des Frères et des Soeurs.
Le dimanche après-midi, Jemeppe fut envahi par une multitude. Des éventaires en plein air offraient « le dernier souvenir d'Antoine le Guérisseur '. D'innombrables camelots vendaient « le portrait du Père.

On s'écrasait devant le Temple, où les adeptes s'étaient rassemblés. Sur une table recouverte d'un drap vert se dressait le cercueil en bois verni, aux arêtes rigides, orné seulement d'une réduction de l'emblème, en fer battu. On ne voyait ni ces fleurs, ni ces cierges, ni ces tentures, sous lesquels l'homme essaie de voiler l'inconcevable simplicité de ce que notre langage nomme la mort. Rien ici ne s'offrait à que le coffre aux lignes nues.

A trois heures, le frère Delcroix lut devant le cercueil les dix Principes révélés. Puis le cortège se mit en marche.

Précédé de l'emblème, qu'un adepte tenait haut levé au bout de son manche d'acier, et du groupe des enfants en costume antoiniste — les fillettes coiffées du béguin noir, les garçons de la toque, —le cercueil que cachait le drap funèbre s'avançait, porté sur les épaules de dix compagnons. Ensuite venait, seul, le frère Deregnaucourt, deuxième Guérisseur, représentant la Mère. Puis la famille. On se montrait Pierre Dor, avec ses longs cheveux et sa barbe à la ressemblance du Père. Puis les adeptes en robe, — les femmes d'un côté, avec leurs bonnets à ruches, leurs manches larges, les hommes de l'autre, sous les hauts chapeaux noirs à grands bords.
Après, venait l'innombrable foule.

Le nouveau cimetière se trouvait sur la hauteur, derrière la rue Bois-de-Mont. Mais le cortège était si long qu'il fallut, pour lui permettre de se développer, faire un grand détour. Les talus du chemin de fer, auprès desquels on passait, étaient noirs d'hommes. Des grappes de visages débordaient des fenêtres. Il y avait des gens accrochés aux poteaux télégraphiques, et des groupes épais stagnaient sur les pentes de tuiles des toitures. La rue était pleine d'une foule recueillie, à travers laquelle le cortège se frayait un chemin avec difficulté. En tête, la police ouvrait peu à peu le passage, et le cortège avançait très lentement, dans un extraordinaire silence.
Pas de chants, pas de prières psalmodiées. La musique, avait dit Antoine, cajole l'intelligence. L'amour qu'une mélodie entraîne n'est pas le véritable amour. Mais le recueillement, mais la gravité des visages étaient, pour qui savait entendre, le plus formidable plain-chant.

La solennité l'emportait sur la détresse. Plus de sanglots, plus de désarroi. La foule comprenait qu'une immense paix planait sur elle, et tous sentaient plus ou moins confusément que l'éternité ne connaît pas de ruptures. Aucune note claire ne jaillissait de cet ensemble noir. Seul, tout en avant, cheminait l'emblème. Et, sous le drap vert, couleur d'espérance, le cercueil lourd du poids de la matière avançait oscillant, hésitant, se reprenant toujours, comme nous faisons tous sur le chemin des épreuves qui mène à la Vie.

La presse fut si grande aux abords du cimetière, que seuls les adeptes revêtus de la robe furent admis à franchir la grille. Mais une multitude de gens avaient sauté les murs.

Le frère Delcroix lut quelques mots, tirés de l'avant-propos de l'Enseignement. Puis le cercueil fut descendu, sans prières ni rite, dans la fosse commune.
Chaque adepte vint jeter une pelletée de terre sur l'image charnelle que le Père s'était choisie pour vivre cette incarnation parmi nous.
Sous le soleil de juin, le flot noir sortait sans fin du cimetière, s'écoulait dans les rues avec lenteur, et s'en allait dans les diverses directions du monde.

7 juin 1934, 25 juin 1935.


(extrait : "Délivrez-nous du mal", le Père dans son temple, Troisième partie, page 366, par Robert Vivier)
Photos de la tombe du Père Antoine et de Mère au cimetière de Jemeppe sur Meuse:
http://www.cercle-de-samsara.com/t1834-la-tombe-du-pere-antoine-et-de-mere

Revenir en haut Aller en bas
 

Le départ du Père Antoine vers l'Unité

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

 Sujets similaires

-
» " Etre prêtre " :Témoignage du Père Antoine DENNEMONT,
» Départ du Père Vlasic fut une vraie "bombe" médiatique !
» Méthode pour le Saint Rosaire et ses Mystères
» Père Antoine (Morgon)- Capucin-et l`Année de la Misericorde
» Le départ du père David Gréa suscite de nombreuses réactions
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Cercle de Samsara :: Le Père Antoine :: L' Antoinisme-
Sauter vers:  
Le Cercle de Samsara vous apporte des satisfactions,faites un don!
Le Cercle de Samsara vous apporte des satisfactions,faites un don!
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit