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 Les tables tournantes de Victor Hugo à Jersey

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MessageSujet: Les tables tournantes de Victor Hugo à Jersey   Jeu 6 Nov - 12:56



Les tables tournantes de Victor Hugo à Jersey.
Vers une explication du mystère


par Michel Rouzé - SPS n° 256, mars 2003

Si Allan Kardec devint au XIXe siècle le « pape du spiritisme », Victor Hugo en fut l’un des plus célèbres adeptes. Sur cette bizarrerie de « l’homme océan », il nous a paru intéressant de publier à nouveau un article écrit il y a plus de vingt ans par Michel Rouzé, le président-fondateur de l’AFIS. Il semble que la réflexion sur le spiritisme de Victor Hugo n’ait pas beaucoup progressé depuis la publication de cet article…

Au mois d’août 1852, Victor Hugo, chassé de France par le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, se réfugie d’abord en Belgique, puis à Jersey, où il loue prés de Saint-Hélier, pour y vivre avec les siens, Marine Terrace, une maison isolée dans une vallée sinistre où s’engouffrent les tempêtes de la Manche. Dans son ouvrage Victor Hugo et le spiritisme, le docteur Jean de Mutigny décrit cette demeure prédestinée à abriter bientôt des scènes étranges : « Pour tout paysage, la mer, les ruchers dantesques, un dolmen et un cimetière voisin pour égayer le tout. D’ailleurs la plage, si l’on fait foi aux habitants du pays, est hantée. On peut y voir, pendant les nuits de pleine lune, un décapité qui erre inlassablement à la recherche du repos éternel, il y a aussi la Dame blanche, jeune femme infanticide qui apparaît de temps en temps sur les rochers, une Dame noire, ancienne druidesse qui aurait immolé son père sur un dolmen au cours d’une cérémonie et une certaine Dame grise, dont on ignore les antécédents ».

Séances presque quotidiennes pendant deux ans et demi
C’est là que débarque l’année suivante, pour rendre visite au poète exilé, son amie Delphine Gay, l’épouse du publiciste Emile de Girardin, elle-même poétesse et considérée un peu comme l’une des égéries de la génération romantique. En ce temps la vogue des tables tournantes, venue d’outre-Atlantique, a gagné toute l’Europe. En France, le Lyonnais Hippolyte Rivail découvre qu’il est lui-même la réincarnation d’un druide celtique et sous le nom d’Allan Kardec, il devient le pape de la religion spirite. A Jersey, où elle ne séjournera qu’une semaine, Delphine de Girardin convertit ses hôtes, d’abord sceptiques, puis bouleversés par une séance où s’est manifesté l’esprit de Léopoldine, la fille chérie du poète, morte noyée au cours d’une promenade sur la Seine. Désormais, durant deux ans et demi, les séances de spiritisme se poursuivront à Marine Terrace, presque chaque jour et souvent plusieurs fois par jour. Les procès-verbaux, généralement dressés par Hugo lui-même, ont été publiés, au moins en partie, par son exécuteur testamentaire Gustave Simon. Ils viennent d’être réédités chez Stock, avec le commentaire de Gustave Simon. Par une coïncidence remarquable, sort presque en même temps, chez Fernand Nathan, le livre dans lequel le docteur Serge de Mutigny propose une explication scientifique de la genèse de ces textes trop peu connus et qui constituent vraiment une énigme.

Dialogues avec des morts illustres
Après l’apparition, brève et incertaine, de Léopoldine, et quelques séances assez ternes, le rite s’est institutionnalisé et durant plus de deux ans Victor Hugo, sa famille et quelques rares invités n’ont cessé de dialoguer avec Chateaubriand, Dante, Racine, Marat, Charlotte Corday, Robespierre, Annibal, André Chénier, Mahomet, Jacob, Shakespeare, Luther, Eschyle, Molière, Aristote, Anacréon, Lord Byron, Walter Scott, Galilée, Josué, Platon, Isaïe, Louis XVI, Napoléon 1er, Jésus-Christ, sans compter les fantômes familiers de Marine Terrace, la Dame blanche, la Dame noire et la Dame grise.

… et avec le double de Louis-Napoléon et le lion d’Androclès !
Et ce n’est pas tout, nous dit le docteur Jean de Mutigny : « A côté de ces personnages illustres, morts depuis fort longtemps, il arrive aussi que des esprits vivants, mais endormis, viennent faire fonctionner le guéridon. C’est le cas du prince Louis-Napoléon qui eut la mauvaise idée d’envoyer son double dans la table de Marine Terrace, ce qui permit à Victor Hugo de le blâmer sévèrement pour ses crimes. Les grands animaux de l’histoire firent l’honneur à Victor Hugo de se présenter à son appel. C’est ainsi que le Lion d’Androclès, l’Anesse de Balaam et même la Colombe de l’Arche vinrent molester le guéridon. Jusqu’à cette époque, l’homme ignorait que les abstractions de l’esprit humain possédaient une âme. C’est une cruelle lacune… Le poète appela à maintes reprises les corps astraux de l’Idée, de la Mort, du Drame, de la Poésie, de la Critique, de l’Ombre du Sépulcre et même de la Blaque ! Et tous ces esprits lui répondirent ».

Ils lui répondirent en français, souvent en vers bien frappés, grandiloquents, bref très hugoliens. Parfois avec des hésitations, des remords, des rectifications. Il est étonnant que les spécialistes de Victor Hugo n’aient pas songé, à ce qu’il semble, à expertiser ce matériel littéraire où l’on surprend l’écrivain en plein processus de création, où l’on voit son verbe torrentiel encore en fusion comme une coulée de métal avant qu’elle se solidifie dans son moule définitif.

Un secrétaire inspiré
Pour ce qui est du spiritisme en général et des tables tournantes, notre propos n’est pas d’en parler aujourd’hui. Avec le Dr Jean de Mutigny, on peut penser que les tables, ou plutôt les guéridons, ne sont pas remuées par des esprits, mais par les mouvements, généralement inconscients, de gens qui croient recevoir des messages de l’au-delà, et en fait ne les reçoivent que d’eux-mêmes. Mais à Jersey, ce qui s’est passé, c’est autre chose. Les pages de prose qui semblent jaillir tout droit des Misérables, les strophes qui pourraient figurer dans la Légende des Siècles, tout cela est évidemment du Victor Hugo, quand bien même il ne le sait pas et en attribue la paternité à Shakespeare ou au Lion d’Androclès. Seulement voilà : le plus souvent Hugo n’est pas assis lui-même devant le guéridon. Il laisse le soin d’officier à deux de ses familiers, parfois à un seul. Les autres sont là en témoins, parfois ils posent des questions aux esprits. Hugo, tout en posant lui-même la plupart des questions, assure le secrétariat. Il écrit, il écrit, plus tard il mettra au net les procès-verbaux qui nous ont été conservés.

Pouvoirs de médium et télépathie ?

Vous voyez bien, diront les spirites orthodoxes, les messages dictés par Annibal ou Jésus-Christ sont authentiques, ils ne sauraient être de Victor Hugo, puisqu’il ne touchait pas au guéridon, il ne faisait que compter les coups. Tout au moins avait-il des pouvoirs de médium : sa présence favori-sait la communication. Parmi ceux qui auront lu les textes, il se trouvera sûrement peu de gens pour accepter une telle explication. On peut alors se rabattre, si l’on y croit, sur ce que d’aucuns appellent les phénomènes para-psychologiques : les messages s’élaboraient bien dans la tête de Victor Hugo, il les transmettait par télépathie aux personnes qui manipulaient le guéridon. Ou bien encore on peut combiner les deux systèmes : les esprits parlent à Victor Hugo et ce dernier, traduisant leurs messages dans son langage personnel, les transmet télépathiquement aux assistants.

Ou plutôt « écriture automatique » ?
Mais le docteur Jean de Mutigny démontre qu’aucune de ces explications n’est valable : « Prenons un exemple, la séance du 17 décembre 1854 : les propos de Galilée… La séance a eu lieu entre 21 h 45 et 1 h 20 du matin, soit 215 minutes, presque 13000 secondes. Il existe à peu près 4 000 lettres dans le texte. Si l’on considère qu’il faut en moyenne dix coups frappés par la table pour définir une lettre (en considérant que la lettre A ne compte qu’un coup et que la lettre Z nécessite vingt-six coups), on en arrive à ce chiffre ahurissant de trois coups par seconde sans tenir compte des arrêts indispensables. La chose n’est pas possible. Avec la meilleure bonne volonté du monde il est totalement impossible, pendant deux ans et demi, de décrypter des messages matin et soir à raison de trois coups par seconde ».

Que s’est-il donc passé ? Il faut se rappeler que toute la maisonnée de Marine Terrace, Victor Hugo le premier, avait intégré le spiritisme comme une véritable religion. Pendant les séances, sauf le cas assez rare de mes-sages très brefs, les assistants ne pouvaient pas suivre et n’y comprenaient rien. Ils voyaient la table bouger, ils l’entendaient frapper, mais ce n’est que lorsque Victor Hugo avait transcrit les messages noir sur blanc qu’ils pouvaient en prendre connaissance. C’est vraisemblablement au cours de ce décryptage, pense le docteur Jean de Mutigny, que Victor Hugo a fraudé sans le savoir, faisant ce qu’on appelle de l’écriture automatique. « Il était parfaitement honnête avec lui-même et avec les autres et c’est en toute bonne foi, croyant simplement décoder les messages spirites, qu’il a rédigé les révélations qui sont sorties de son esprit génial et non point de la bouche des esprits. »

Une maladie mentale ?
Comment le poète a-t-il pu arriver à ce véritable dédoublement de la personnalité ? Le diagnostic du docteur Jean de Mutigny est simple Victor Hugo était atteint d’une maladie mentale appelée la paraphrénie fantastique.

Voici quelques-uns des symptômes de cette maladie, tels qu’on les trouve dans l’Abrégé de psychiatrie (Éditions Masson) : Début. La paraphrénie fantastique débute généralement avant la trentaine par une phase d’inquiétude et d’anxiété… Peu à peu, des idées extravagantes et des hallucinations se succèdent, qui visent non seulement les relations du sujet avec son entourage, mais tous les éléments, les conflits politiques anciens ou actuels, et surtout les forces cosmiques.

Période d’état. Le délire est une production luxuriante, extraordinairement étrange, de représentations mentales vives, décousues et mobiles. Les idées mégalomaniaques sont absolument démesurées et extravagantes. On y trouve des idées de filiation illustre et surnaturelle (il est descendant de Christ sur la terre), d’héritages fabuleux, d’entrevues secrètes avec les grands personnages de la mythologie.

On décrit trois aspects cliniques principaux. Dans l’un d’eux, le malade se croit l’objet d’agissements magiques, d’envoûtements. Dans un autre (syndrome de Cotard fantastique) on observe un délire de négation englobant toute la réalité et portant sur l’absence des organes essentiels à la vie, sur des idées de transformation corporelle et d’immortalité du corps : « Rien n’existe plus et tout existe éternellement en moi ». Le malade expose, d’une façon détachée, ses thèmes de la fin du monde. Enfin, dans la paraphrénie cosmique, il jongle avec l’astrologie, le magnétisme terrestre, la métaphysique des sciences. Il pense être le moteur universel, le centre des transformations cosmiques.

Successeur des grands prophètes
Certes, on ne peut dire que cette description se superpose trait pour trait à la personnalité de Victor Hugo : aucun cas individuel ne peut correspondre exactement à un tableau clinique moyen. Mais les similitudes sont plus que troublantes. Dans toute l’œuvre, il serait facile de trouver mille passages qui justifient le diagnostic du docteur Jean de Mutigny, comme cette phrase des Travailleurs de la mer : « Je passe des nuits entières à rêver en présence de l’abîme ». Prés du guéridon de Jersey, la mégalomanie du poète se donne libre cours : « … Il est le nouveau messie, le successeur de Moïse, de Mahomet et de Jésus. Il parle à ses illustres invités sur un plan d’égalité, voire de supériorité : en complétant leurs révélations, il leur est supérieur ». […]

Un beau sujet de thèse
Bien sûr, les paraphréniques ne produisent pas tous des poèmes dignes de la Légende des Siècles ou de l’Ane. Il faut encore être Victor Hugo, ce qui n’est pas donné à tout le monde. On touche ici à un problème qui a déjà fait couler beaucoup d’encre : les complexes rapports du génie avec la folie. Sans apporter de solution définitive – car il reste encore des détails mal expliqués – la thèse défendue par le docteur Jean de Mutigny apporte une contribution majeure à un débat qu’on souhaiterait voir s’ouvrir avec toutes les pièces du dossier : les procès-verbaux originaux qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale, les récits des participants aux séances jersiaises (plusieurs ont été publiés), une analyse psychologique, non seulement de Victor Hugo lui-même, mais du délire collectif qu’il entretenait autour de lui. Quel beau sujet de thèse psycho-littéraire pour qui voudrait entreprendre un tel travail !



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extraits:
[1] Cahiers de l’AFIS, n° 107, mars 1981

[2] Les intertitres sont de la rédaction actuelle de Science et pseudo-sciences.

[3] Dans son ouvrage La Parapsychologie en question (Hachette), Michel Rouzé consacre un chapitre aux origines du spiritisme et à sa diffusion en Europe.

[4] Il faut savoir que les Esprits dessinaient aussi à Jersey ! Voir quelques-uns de « leurs » dessins dans l’exposition « Victor Hugo, l’homme-océan » mise en ligne sur un des sites de la Bibliothèque Nationale de France : http://expositions.bnf.fr/hugo/index.htm.


Dernière édition par silence le Sam 16 Avr - 10:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Depuis quand connaît-on le guéridon ?   Jeu 6 Nov - 13:46

Depuis quand connaît-on le guéridon ?

A ses origines, ce mobilier était destiné à recevoir des flambeaux et avait également une fonction de « pare-feu ». Il est adopté par l’Angleterre dès le début du dix septième siècle. Il garnissait alors les demeures des grands aristocrates et les grands bourgeois. Les matériaux avec lesquels ils étaient élaborés étaient des plus luxueux et des plus précieux. Et c’est sous Louis XIV, que le guéridon traverse la Manche pour être adopté par la France.


Dans le courant du dix huitième siècle, il envahit définitivement les résidences des strates les plus aisées de la population et il imite chacune des particularités de son homologue britannique. C’est ainsi que son plateau s’orne de jolis tableaux, de mosaïques ou d’autres motifs très artistiques. Au dix neuvième siècle, le guéridon séduit de plus en plus d’adeptes et se fait connaître du grand public du fait qu’il est utilisé comme table d’appoint lors des grandes réceptions, de nombreux spécimens étaient alors dressés en masse dans les salles de cérémonies. De nos jours, ce mobilier remplit en beauté toutes les habitations et leurs espaces de prédilections sont les salons et les jardins.

Portrait En sa qualité de table, cette pièce d’ameublement est constituée d’une surface plane et horizontale qui est supportée par des pieds. Le guéridon se distingue de la table ordinaire par sa petite taille et par son système de piètement différent. En effet, il repose sur un support central qui se termine généralement par trois pieds évasés.

Cette tablette est généralement nanti d’un plateau rond mais ce dernier peut également adopter les figures géométriques avoisinants le cercle, à savoir les formes ovoïdales et polygonales. En ce qui concerne les matériaux avec lesquels la plate-forme est conçue, le bois et le marbre sont les plus célèbres mais d’autres matières peuvent être utilisées à savoir le métal ou le verre. Le guéridon peut supporter des menus objets décoratifs tels que les chandeliers, les vases à fleurs, les lampes ou les bibelots de toutes les sortes.


Une petite table aux grandes vertus, c’est ainsi que l’on pourrait qualifier ce meuble qui apporte du panache aux intérieurs et aux espaces extérieurs. Non content de satisfaire toutes les préférences, il sait répondre à diverses demandes… La satisfaction est au rendez-vous....
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